Procédé pour ecrire les paroles, la musique et le plain-chant au moyen de points a l’usage des aveugles et disposé pour eux, par L. Braille, répéteur à l’institution Royale des Jeunes Aveugles. Paris, 1829.

 

Avertissement

La facilité avec laquelle on peut apprendre et mettre pratique l’ingénieux procédé d’écriture au moyen de points, inventé par Mr. Barbier spécialement pour les Aveugles aurait été une raison plus que suffisante pour nous dispenser de publier un autre procédé, si nous n’avions senti le besoin d’avoir un système d’écriture dans lequel les signes tinsent moins de place que ceux de cet inventeur, fussent en assez grand nombre pour représenter tous les caractère usités dans l’écriture ordinaire et pussent être appliqués à l’écriture de la musique et du plain-chant.

Dans le procédé expliqué dans cet ouvrage nous nous sommes proposés d’éviter les défauts indiquer et d’obtenir les avantages demandés: deux de nos signes tiennent exactement la place d’un des signes de Mr. Barbier; nous avons plus de signes qu’il ne nous en faut pour représenter les lettres simples et accentuées, les ponctuations, les chiffres et les signes algébriques, et enfin nous avons appliqué ce procédé à l’écriture de la musique et du plain-chant.

On trouvera à la fin de cet ouvrage une espèce de système sténographique dans lequel vingt signes suffisent pour écrire tour les mots de la langue Française.

Trois de ces signes tiennent exactement la place d’un des signes de Mr. Barbier.
Si nous avons signalé les avantages de notre procédé sur celui de cet inventeur, nous devons dire en son honneur que c’est à son procédé que nous devons la première idée de nôtre.

 

Ecriture ponctuée a l’usage des aveugles

e procédé repose sur la connaissance de dix signes qui résultent de la combinaison de deux rangées de points composées chacune d’un ou de deux points, disposes parallèlement entre’elles et placées verticalement sur le papier.

On entend par première rangée de points celle des deux rangées qui se trouve placé à la gauche de l’autre, et par seconde rangée, celle qui et placé à la droite de la première.

On appelle partie supérieure d’une rangée ou d’un signe la partie de cette range ou de ce signe qui est la plus éloignée de l’écrivain ou du lecteur, et on appelle partie inferieure celle qui en est la plus proche.

Chaque signe est essentiellement composé de deux rangées de points ou de la place de ces rangées. Si dans l’explication que nous allons donner de chaque signe nous ne parlons quelquefois que d’une rangée ou que d’une partie de rangée c’est parce que la rangée ou la partie de rangée dont nous ne faisons point mention doit rester vide.

Voici la formation des dix signes fondamentaux.*

Le premier signe est représenté par un point placé à la partie supérieure de la première rangée; le second par un point à chaque partie de la première rangée; le troisième, par un point à la partie supérieure de chaque rangée; le quatrième, par un point á la partie supérieure de la première rangée et un point à chaque partie de la seconde rangée; le cinquième, par un point a la partie supérieure de la première rangée et un autre point á la partie inférieure de la seconde rangée; le sixième, par un point à chaque partie de la première rangée et un autre point à la partie supérieure de la seconde rangée; le septième, par un point a chaque partie de la première et de la seconde rangée; la huitième, par un point a chaque partie de la première rangée et autre point à la partie inférieure de la second rangée; le neuvième, par un point à partie inférieure de la première rangée et un autre point à la partie supérieure de la seconde rangée; le dixième, par un point a la partie inférieure de la première rangée et un autre point à chaque partie de la seconde rangée. Voyez le tableau ci-après.

[Here Braille provides a graphic with each of the ten signs, numbered 1 through 10. Braille readers will recognize these as the first ten letters of the alphabet, a through j]

En combinant les signes dont nous venons de donner les tableaux avec un point, deux points ou un trait horizontal on obtient neuf séries de signes composées chacune des dix signes fondamentaux à chacun desquels on ajoute une des trois chose mentionnées.Voici l’application des neuf séries.

La première série est composée des dix signes fondamentaux; la seconde est marquée par un point placé au-dessous de la partie inférieure de la première rangée de chaque signe; la troisième par un point placé au-dessous de la partie inférieure de chaque rangée; la quatrième par un point placé au-dessous de la partie inférieure de la seconde rangée. Les signes de la cinquième série exigent chacun une explication particulière; nous expliquerons cette série après les quatre dernières. La sixième série se marquée par un trait horizontal placé au-dessous de la partie inférieure de chaque signe; la septième, par un trait horizontal place au dessous de la partie supérieure de chaque signe. On observera qu’au premier et au troisième signe fondamental qui devraient entrer dans la composition du premier et du troisième signe de cette série et de la suivante, il faut substituer au premier un signe formé par un point a la partie inférieure de la première rangée, et au troisième, un signe formé par un point à la partie inférieure de chaque rangée. La huitième série se marque par un trait place entre les deux partie de chaque signe; la neuvième, par un trait place au-dessous de chaque signe de la cinquième série.

Les signes de la cinquième série reposent sure un principe étranger au reste du procédé; voici la formation de chacun de ces signes.

Le premier signe est représenté par un trait place a la partie supérieure de chaque signe; le second, par un trait à la partie supérieure du signe et un autre trait à la partie inférieure du même signe; le troisième, par un trait à la partie supérieure du signe et un point à la partie inférieure de la première rangée; le quatrième, par un trait à la partie supérieure du signe et un point à la partie inférieure de chaque rangée; le cinquième, par un trait à la partie supérieure du signe et un point à la partie inférieure de la seconde rangée; le sixième, par un point à la partie supérieure de la première rangée et un trait a la partie inférieure du signe; le septième, par un point à la partie supérieure de chaque rangée et un trait à la partie inférieure du signe; le huitième, par un point à la partie supérieure de la seconde rangée et un trait à la partie inférieure du signe; le neuvième, par un point à la partie supérieure de la seconde rangée; le dixième, par un point à chaque partie de la second rangée.**

Voici l’explication des six signes supplémentaire; le premier de ces signes est marquée par un point au-dessous de la première rangée; le second par un point au-dessous de chaque rangée; le troisième par un point a chaque partie de la second rangée et par un point au-dessous de la première rangée; le quatrième, par un point placé à chaque partie de la second rangée et un autre point au-dessous de chaque rangée; le cinquième, par un trait à la partie supérieure du signe et un point au-dessous de la seconde rangée; le sixième, par un trait a la partie supérieure du signe et un point a chaque partie de la second rangée.

Le trait qui entre dans le composition des signes des cinq dernières séries pouvant présenter quelques difficultés a plusieurs de ceux qui étudieront ce procédé; nous allons indiquer une autre manière de représenter les signes de ces séries.

Le quatrième signe supplémentaire a la propriété d’élever de quatre degrés la série dans lequelle se trouve le signe qui en est précédé; ainsi si le quatrième signe supplémentaire se trouve devant le second signe de la troisième série, le second signe de cette troisième série ne devra être considéré comme tel parce qu’il devient alors le second signe de la septième.

Nous allons offrir le tableau des signes et des lettres, de manière que chaque lettre se trouve au-dessous du signe qui doit le représenter.

Voyez le tableau ci-joint.

[Here Braille presents a graphic table, "Tableau des signes des neuf séries, avec les lettres, les chiffres, les signes de ponctuation les signes algébriques qui leur correspondent"]

Nous avons aussi appliqué ce procédé à l’écriture de la Musique, en substituant aux lettres et aux caractères employés dans le système usité à l’Institution, les signes qui leur correspondent dans les six premières séries du tableau précédent.

Nous avons seulement changé la manière de marquer les valeurs et les notes accidentels.

Les valeurs, savoir: la Ronde, la Blanche, la Noire, la Croche, la Double, la Triple, et la Quadruple Croche, sont représentées par les sept premières signes de la septième série, c’est-à-dire que le premier signe de cette série indique la Ronde; le second la Blanche; ainsi de suite.

Le Dièse est représenté par le huitième signe de la septième série; le Bémol par le neuvième signe de cette série et le Bécarre par le dixième.

Nous avons encore simplifié ce procédé pour l'écriture de la musique peu compliquée; tel que le plain-chant.

Les notes sont représentées par les dix signes de la première série du tableau précédent, et par le neuvième et le dixième signe de la cinquième série.

Les valeurs se marquent de cette manière***: la Ronde se marque par un trait placé au-dessus du signe qui représente la note; la Ronde pointée, par un trait entre les deux partie du signe (pour les notes affectées de l’une de ces valeurs on fera la substitution indiquée pour le premier et le troisième de la septième et la huitième série; et au lieu du onzième signe, on mettra un point placé à la partie inferieur de la seconde rangée.) La Blanche est représentée par la vide qui se trouve au-dessous du signe; la Blanche pointée, par un trait au-dessous du signe; la Noire, par un point au-dessous de la première rangée; la Noire pointée, par un point au-dessous de chaque rangée; la Croche, par un point au-dessous de la seconde rangée.

Les clefs dans le plain-chant se marquent de la manière suivante: la clef d’Ut, par le cinquième signe de la cinquième série; la clef de Fa, par le sixième signe de cette série; la clef de Sol, par le septième; et la clef de La, par le huitième signe de la même série.

Le nombre de Dièses ou de Bémols qui doivent être à la clef se marque par un des signes de la cinquième série suivi par d’une des lettres d ou b, suivant qu’on veut indiquer des Dièses ou des Bémols.

On indique l’altération d’une note de la manière suivante: la note accidentellement dièse et précédée d’un signe formé par un point placé à la partie inférieure de la seconde rangée qui forment chaque signe; la note bémol est précédée d’un signe formé par un point placé à la partie inférieure de chacune des rangées qui forment un signe; et la note bécarre et précédée d’un signe formé par un trait placé à la partie inférieure du signe.

La barre de reprise se marque par le premier signe supplémentaire; et l’étoile par le second signe supplémentaire.

On voit par tout ce que nous avons dit qu’un même signe peut représenter une lettre, un Caractère de Musique et un Note de plain-chant; pour éviter la confusion qui pourrait résulter de triple emploie de chaque signe on fera précéder les paroles du premier signe de la neuvième série; la musique, du second signe; et le plain-chant, du troisième signe de cette même série. Il sera bon aussi de mettre au commencement de chaque page le signe de celle de ces trois choses qui s’y trouve.

Lire et écrire selon le procédé que nous venons d’indiquer sont deux choses qui exigent deux habitudes bien distinctes; car en marquant des points sur le papier ils reparaissent du coté opposé; et si par exemple on écrit deux signes de manière que l’on soit à la droite de l’autre, il faudra retourner le papier pour voir ce qui a été écrit; le signe qui en écrivant, se trouvait à la droit de l’autre, se trouvera alors à la gauche, et la première rangée de chaque signe, qui se trouvait à la gauche de la seconde, se trouverais à la droite de celle-ci.

Pour lire de gauche à droite il faudra donc écrire de droite à gauche, et pour que la première rangée de chaque signe se trouve à la gauche de la seconde rangée en lisant, it faudra la placée á la droite de celle-ci en écrivant.

La planchette grillée dont nous nous servons pour écrire ne diffère de celle de Mr. Barbier qu’en ce que celle-ci a six lignes concaves à la surface, tandis que la nôtre n’en a que trois.

On place la planchette dans une direction horizontale par rapport à l’écrivain; on introduit ensuite le papier entre cette planchette et la grille qui la recouvre de manière que si le papier excède la largeur de la planchette l’excédant se trouve de la côté de l’écrivain.

L’intérieur de chaque rectangle de la grille peut renfermer un signe: la première rangée du signe se marque en faisant glisser le stylet contre le côté droit du rectangle, et la seconde se marque en faisant glisser le stylet contre le côté gauche de même rectangle. Le premier signe se fait dans le rectangle qui est le plus sur la droite de la planche; le second signe se fait dans le rectangle qui est à la gauche du premier; le troisième dans le rectangle qui est à la gauche du second, et ainsi de suite.

Lorsque le stylet a ainsi passé dans tous les rectangles de la grille, la première ligne est achevée; on fait ensuite glisser le papier vers la partie supérieure de la planchette pour que la ligne écrite ne se trouve plus entre cette planchette et la grille, et on écrit la seconde ligne comme la première; il en est la même pour toutes les autres.

Autre explication des dix signes fondamentaux:

Si nous représentons par a, le point à la partie supérieure de la première rangée; par b, le point à la partie inférieure de la même rangée; par c, le point à la partie supérieure de la second rangée; par d, le point à la partie inférieure de la même rangée: chaque signe sera formé comme dans le tableau suivant.

1 a
2 ab
3 ac
4 acd
5 ad
6 abc
7 abcd
8 abd
9 bc
10 bcd

Autre explication des signes de la cinquieme serie

Si nous représentons chacun des point qui formé un par une des lettres a, b, c, d, et si nous indiquons par f, le trait à la parti supérieure du signe et, par g, le trait à la partie inferieure signe : chaque signe de la cinquième série sera formé comme dans le tableau suivant.

1 f
2 fg
3 fb
4 fbd
5 fd
6 ag
7 acg
8 cg
9 c
10 cd

 

Systeme stenographique

Les sons et les articulations qui forment les mots dans la langue française peuvent être représenté par vingt signes seulement, pourvu que l’on emploie le même caractère pour indiquer les sons presque semblable, tells que u et ou; et les articulations peu différentes comme b et p.

Les lettres qui représentent ces sons et ces articulations sont marquées par les signes de la première et la cinquième série.
Voyez le tableau suivant.

[Here Braille aligns the ten signs of the first series with the vowel sounds in French (not the letters but the sounds): a; é or è; i; o; u or ou; an; in or un; on; eu; oi. He then aligns the ten signs of the fifth series with the sounds of the consonants: b or p; d or t; g or q; j or ch; v or f; z or s; l; m; n; r]

*Voyez une autre explication des dix signes fondamentaux à la fin de l’ouvrage.

** Voyez une autre explication des signes de la cinquième série a la fin de l’ouvrage

***Quoique dans le plain-chant les valeurs ne portent pas les même noms que dans la musique ordinaire et que dans ces deux choses elles ne se correspondent pas exactement, nous nous sommes cependant servis des termes usités en musique pour ces valeurs; les valeurs de plain-chant sont: la Double Quarrée qui correspond à la Ronde; la Quarrée, à la Blanche; la Longue, à la Blanche pointée ou à la Noire pointée; la Brève sans queue, à la Noire; et la Brève à queue, à la Croche.

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